Nous l’avons tous appris à l’école : depuis environ un demi-siècle, une part de plus en plus grande de la population déménage sur une longue distance au cours de sa vie. C’est un fait sociologique sous estimé mais important d’abord pour l’individu, mais qui a aussi des répercutions sur la société auxquelles on ne pense pas, ce que je vais tenter de démontrer dans les prochaines lignes.

D’abord il y a le besoin de tout individu de refléter une image positive de lui-même aux autres. Lorsque quelqu’un connait les mêmes personnes depuis son enfance, il suffit d’avoir été dans le passé bon, honnête,  etc, de s’être bien conduit en somme. Si les gens ont un bon souvenir de vous, l’image que l’on aura de vous ne pourra être que positive. Autrement dit, cette image se base sur du long terme. Par contre, lorsqu’on fait connaissance, au cours de sa vie, avec des gens qu’on a jamais vus auparavant, cette image se construit rapidement, sur du court terme; autrement dit le rang social, l’apparence physique et vestimentaire, le savoir-parler… Et ce genre de critères se répand : autrefois, il suffisait paraître honnête, travailleur, amical … aujourd’hui il faut être à la mode, avoir réussi socialement … la mobilité géographique (bien sûr, ce n’est pas le seul facteur, les médias ont beaucoup amplifié ce phénomène, je n’ai jamais dit le contraire) a contribué à faire passer au premier plan les apparences, et à reléguer au second les vraies valeurs morales.

Ensuite, comparez les couples d’hier et d’aujourd’hui : quand on regarde les vieux, la plupart sont ensemble depuis trente, quarante ou cinquante ans; et on ne voit généralement guère d’animosité entre eux. La tendresse est restée en général. Les couples plus jeunes, au contraire, se déchirent souvent au bout de quelques années,  les divorcent se multiplient, avec l’impact sur les enfants et toutes les retombées psychologiques et sociologiques qui en découlent. D’où peut venir un tel désastre ? Comment les gens faisaient-ils avant ? Est-ce simplement un changement de moeurs qui acceptent plus facilement le divorce ? Si c’était le cas, les vieux couples se haïraient jusqu’à s’entretuer. Non, au contraire, quand on les regarde, ils ont plutôt l’air paisibles. Simplement, un lien beaucoup plus fort s’est construit entre eux, puisqu’ils ont généralement commencé par être des amis d’enfance; de plus, lorsqu’ils ont décidé de s’unir, ils était bien plus sûrs d’être faits l’uns pour l’autre, puisqu’ils se connaissaient déjà depuis une bonne vingtaine d’années. Chez les couples modernes, c’est en général une passion amoureuse provisoire qui unit les couples, une fois celle-ci dissipée, il ne reste donc plus rien. Alors que chez les vieux couples, lorsque le vernis de la passion est parti, il reste néanmoins quelque chose de bien plus profond : la tendresse de toute une vie, celle qui s’est construite depuis le tout début…

L’amitié, l’amour, la vie sociale en général, la façon d’exister pour les autres…tout est chamboulé dés lors qu’on ne côtoie plus les mêmes gens qu’au début de la vie … maintenant, essayez de réfléchir non seulement aux conséquences, mais aussi aux conséquences des conséquences … de cette mobilité  lorsqu’elle concerne de plus en plus de gens : les enfants de parents divorcés, les valeurs essentielles qui passent au second plan … un bien ou un mal ?